Les radars français ne se contentent plus de flasher les excès de vitesse. Depuis décembre, les annonces se multiplient autour de dispositifs capables de détecter plusieurs infractions en un seul passage : téléphone au volant, ceinture non bouclée, distances de sécurité insuffisantes. Le déploiement s’échelonne jusqu’en 2030, avec des phases de test sans verbalisation, puis une montée en charge progressive sur les axes les plus accidentogènes. Concrètement, que vont contrôler ces machines, où seront-elles installées, et quelles erreurs évitables vous coûteront cher ?
Ce que les radars tourelles et urbains surveillent déjà
Le radar tourelle, modèle Mesta Fusion 2, se reconnaît à son boîtier installé en hauteur. Il couvre plusieurs voies et les deux sens de circulation, suit jusqu’à 126 véhicules simultanément et distingue leur catégorie : voiture, poids lourd, deux-roues. Chaque type de véhicule reçoit la bonne limitation de vitesse. L’appareil peut aussi contrôler le franchissement de feux rouges sur certains sites équipés. Son unité de mesure amovible permet de déplacer le radar actif d’un emplacement à un autre, ce qui renforce l’effet dissuasif : impossible de savoir quel poteau est réellement en service.

Le radar urbain, plus compact, vise les centres-villes. Il contrôle la vitesse en zones 30 et 50 km/h, mais aussi le non-respect des stops, des passages piétons, des sas vélo et des voies réservées aux bus. Les capteurs et caméras à flash infrarouge non éblouissant fonctionnent de jour comme de nuit. Les sites d’installation prioritaires : abords des écoles, carrefours accidentogènes et zones de circulation apaisée.
Le radar double face, lui, capture deux clichés pour une même infraction. La vue avant identifie le conducteur, la vue arrière lit la plaque, indispensable pour les motos qui n’en portent qu’à l’arrière. Cette double prise de vue réduit les contestations et les erreurs d’attribution quand plusieurs véhicules circulent sur des voies différentes.
Téléphone, ceinture, distances : ce qui change en 2026
La nouveauté majeure concerne trois infractions jusqu’ici difficiles à verbaliser automatiquement. L’intelligence artificielle analyse les images en temps réel : elle distingue un téléphone d’un autre objet, repère la posture du conducteur, main à l’oreille ou manipulation de l’écran. Pour la ceinture, les algorithmes se concentrent sur l’absence de l’ombre ou du tracé caractéristique sur les vêtements, même sombres. Les distances de sécurité se mesurent par capteurs entre deux véhicules en mouvement.
Le calendrier se déroule en trois temps. Jusqu’en 2026, les systèmes restent en phase d’expérimentation : les infractions sont détectées mais aucune sanction n’est envoyée. À partir de 2026, les verbalisations commencent de manière ciblée sur les autoroutes, routes nationales et grandes agglomérations, là où les accidents sont les plus nombreux. Jusqu’en 2030, le parc entier de radars fixes et mobiles sera modernisé progressivement.
Chaque dossier détecté par l’IA est soumis à la validation d’un agent assermenté avant l’envoi du procès-verbal. La vérification humaine reste obligatoire.
Les sanctions que vous risquez vraiment
Le téléphone au volant coûte 135 euros d’amende forfaitaire et 3 points de permis. Depuis le 22 mai 2020, si vous utilisez votre téléphone et commettez simultanément une autre infraction, le permis peut être suspendu six mois. La ceinture non bouclée entraîne une amende de 135 euros et 3 points de retrait. Le non-respect des distances de sécurité est sanctionné par une amende de 135 euros et 3 points également.
La particularité de ces nouveaux radars : ils cumulent les infractions en un seul passage. Un excès de vitesse avec téléphone en main et ceinture débouclée peut donc générer plusieurs PV pour le même trajet. Les montants s’additionnent, les retraits de points aussi.
| Infraction | Amende forfaitaire | Retrait de points |
|---|---|---|
| Excès de vitesse (selon amplitude) | 68 € à 750 € | 1 à 6 points |
| Téléphone au volant | 135 € | 3 points |
| Ceinture non bouclée | 135 € | 3 points |
| Non-respect des distances de sécurité | 135 € | 3 points |
| Franchissement de feu rouge | 135 € | 4 points |
Les erreurs qui déclenchent le flash sans que vous vous en rendiez compte
La première erreur consiste à freiner tardivement à l’approche d’un radar tourelle. L’appareil mesure la vitesse sur une zone étendue, pas seulement au niveau du poteau. Un excès bref en fin d’approche peut être relevé. La consigne : adopter une allure stable dès l’entrée de zone, en se fiant à la signalisation.

La deuxième erreur concerne les voies réservées. Les radars urbains contrôlent la circulation dans les couloirs de bus et les pistes cyclables. Un conducteur qui emprunte ces voies pour éviter un embouteillage risque une verbalisation automatique, même sans agent sur place.
La troisième erreur touche les motards. La plaque avant n’existe pas sur la plupart des deux-roues, mais le radar double face photographie l’arrière. Les motos ne sont plus protégées par l’absence de plaque avant, contrairement à une idée reçue persistante.
La quatrième erreur : utiliser son téléphone à l’arrêt. Les feux rouges et les embouteillages ne constituent pas une exception. Le conducteur qui manipule son appareil pendant un arrêt prolongé reste verbalisable, dès lors que le moteur tourne et que le véhicule est sur la voie publique.
Où les premiers radars intelligents vont-ils s’installer ?
Les premiers essais ciblent les axes à fort trafic en zones urbaines et périurbaines. Le choix des emplacements s’appuie sur les statistiques d’accidentologie et les taux d’infraction par département. Les zones à risque élevé reçoivent la priorité, notamment les abords d’écoles, les carrefours accidentogènes et les grands axes de transit.
Les radars autonomes de chantier se déploient également davantage pour sécuriser les zones de travaux. Leur mobilité permet un repositionnement rapide au fil de l’avancement des chantiers. Sur les grands axes, le réseau de radars tronçons continue de s’étendre : ils calculent la vitesse moyenne entre deux points, ce qui supprime l’intérêt des freinages brusques et lisse les vitesses sur de longues distances.
La limite du système : la vérification humaine et le cadre légal
Ces dispositifs soulèvent des questions sur la protection des données et la vie privée. Les images capturées, analysées par l’IA, sont transmises à un agent assermenté pour validation avant tout envoi de PV. Ce contrôle humain constitue un garde-fou, mais il implique aussi un délai entre l’infraction et la réception de l’amende.
Le cadre légal encadre strictement l’utilisation de ces radars. Les extensions locales possibles, comme les dispositifs anti-bruit ou la détection d’autres infractions, dépendent de l’évolution de la législation. Rien n’est définitif avant l’homologation officielle des technologies concernées.
La prudence reste la meilleure stratégie. Les radars nouvelle génération ne changent pas la règle : ils la font respecter plus largement. Adopter une conduite souple, attacher sa ceinture avant de démarrer, poser son téléphone dans la boîte à gants et respecter les distances de sécurité vous évitera les amendes multiples que ces machines savent désormais cumuler. Le déploiement progressif jusqu’en 2030 laisse le temps de corriger ses habitudes, mais les premiers PV tomberont dès 2026 sur les axes les plus fréquentés.



