Depuis le 1er juillet 2018, la limitation de vitesse par défaut sur les routes à double-sens sans séparateur central est fixée à 80 km/h. C’est l’article R413-2 du Code de la route qui pose ce principe. Concrètement, cela signifie que sur une route départementale ou communale hors agglomération, sans terre-plein central ni barrière de sécurité, vous roulez à 80 km/h même si aucun panneau ne l’indique. La signalisation n’est pas obligatoire pour que la règle s’applique.
Cette règle concerne les routes dites « bidirectionnelles », c’est-à-dire celles où les deux sens de circulation ne sont pas physiquement séparés. Elle ne s’applique pas aux autoroutes (130 km/h), aux routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central (110 km/h) ni aux sections comportant au moins deux voies affectées à un même sens (90 km/h). Le tableau des limitations générales du Service public le rappelle : chaque type de voie a sa propre vitesse de référence, indépendamment des décisions locales.

La voie de dépassement : une exception qui change la donne dans les deux sens
L’article R413-2 prévoit une première exception à la règle des 80 km/h. Sur les sections de routes comportant au moins deux voies affectées à un même sens de circulation, la vitesse maximale est relevée à 90 km/h sur ces seules voies. Autrement dit, quand vous circulez sur une route avec une voie de dépassement, la limitation diffère selon votre sens de circulation : du côté où la voie supplémentaire existe, c’est 90 km/h ; dans le sens inverse, sans voie de dépassement, c’est toujours 80 km/h.
Le point délicat, c’est que ces sections ne sont pas systématiquement signalées par un panneau 90. La réglementation prévoit que la limitation à 90 s’applique même en l’absence de panneau. Mais il existe une subtilité supplémentaire : certaines voies de dépassement restent limitées à 80 km/h. Dans ce cas précis, la pose d’un panneau 80 au début de la section concernée est obligatoire. Si vous ne voyez aucun panneau sur une route avec voie de dépassement, la règle par défaut est donc le 90 km/h, sauf indication contraire explicite.
Le retour au 90 km/h : une décision laissée aux départements depuis 2020
La loi d’orientation des mobilités (LOM), promulguée fin décembre 2019, a introduit une seconde exception. Elle autorise les départements à fixer une vitesse maximale autorisée supérieure de 10 km/h à celle prévue par le Code de la route sur les routes sans séparateur central. Concrètement, chaque conseil départemental peut décider de relever la limitation de 80 à 90 km/h sur tout ou partie de son réseau de routes départementales.
Cette décision n’est pas unilatérale : elle varie d’un département à l’autre, et même à l’intérieur d’un même département selon les tronçons. Au 15 juillet 2026, selon l’Observatoire de la Ligue de défense des conducteurs, 52 départements ont renoué avec le 90 km/h sur tout ou partie de leur réseau. Cela représente près de 61 000 kilomètres de routes concernées, et plus de 63 600 kilomètres à partir du 1er janvier 2027. La carte de France est donc devenue un véritable mille-feuille de limitations, avec des règles qui changent d’un département à l’autre.
Les sept départements pionniers du 90 km/h intégral
Sept départements du centre de la France ont fait le choix de revenir entièrement à 90 km/h sur la totalité de leurs routes départementales : l’Allier, l’Ardèche, l’Aveyron, le Cantal, la Corrèze, la Creuse et le Puy-de-Dôme. L’Isère doit les rejoindre début 2027, portant à huit le nombre de départements entièrement repassés à 90 km/h.
Cette décision est signalée par des panneaux précisant que toutes les routes départementales sont limitées à 90 km/h, installés aux limites avec les départements voisins. Mais attention : ces panneaux sont posés uniquement sur les routes départementales. Si vous entrez dans l’un de ces départements par une autoroute ou une nationale, rien ne vous indique une limitation générale à 90 km/h. Des panneaux 90 complètent l’information sur les routes principales, mais pas sur les routes secondaires.
Les routes nationales restent à 80 km/h, même sans panneau
Point crucial à retenir : les routes nationales ne sont pas impactées par le relèvement de la vitesse à 90 km/h. Elles restent limitées à 80 km/h, même si très souvent aucun panneau n’est là pour le rappeler. C’est un piège classique pour les conducteurs qui traversent un département passé au 90 km/h : sur une nationale, la limitation reste à 80, même si le département voisin a relevé la vitesse sur ses propres routes.
Pour éviter l’erreur, il faut être attentif au petit cartouche rouge des panneaux de signalisation routière indiquant que l’on circule sur une route nationale. Ce repère visuel est souvent le seul moyen de savoir que la règle des 80 km/h s’applique toujours, en l’absence de panneau de rappel.
Les exemples concrets de départements passés au 90 km/h
Les décisions départementales sont loin d’être uniformes. L’Eure a effectué son retour à 90 km/h début 2026 sur les 4 200 kilomètres de son réseau secondaire. Le Gers a déployé de nouveaux panneaux 90 sur 220 kilomètres mi-février, qui s’ajoutent aux 350 kilomètres déjà rehaussés, soit 16 % de son réseau secondaire. Le Morbihan a rehaussé la vitesse sur 9 % de son réseau en juin 2025, représentant 344 kilomètres. L’Isère a annoncé un retour à 90 km/h sur les 3 076 kilomètres de son réseau départemental à partir du 1er janvier 2027.

À l’inverse, certains départements renoncent. Le Gard a confirmé qu’il ne rehaussait pas la limitation de vitesse, malgré des informations contraires qui avaient circulé début 2024. Cette hétérogénéité rend la situation difficile à suivre pour les conducteurs, d’autant que les changements interviennent régulièrement, sans calendrier commun.
Les conditions météo et les cas particuliers qui changent la donne
Les limitations de vitesse ne sont pas les mêmes selon les conditions météorologiques. Par temps de pluie ou autres précipitations, la vitesse maximale sur autoroute passe à 110 km/h, sur route à deux chaussées séparées à 100 km/h, et sur section avec au moins deux voies à 80 km/h. En cas de visibilité inférieure à 50 mètres, toutes les vitesses sont réduites à 50 km/h, quelle que soit la voie de circulation.
Ces règles s’appliquent en plus des décisions départementales. Un département peut avoir relevé la vitesse à 90 km/h sur une route sans séparateur central, mais par temps de pluie, la limitation retombe à 80 km/h. L’autorité locale peut également réduire ces vitesses en dessous des seuils réglementaires, par exemple à proximité d’une école ou d’un virage dangereux.
Les sanctions en cas d’excès de vitesse : ce qu’il faut savoir
Les amendes varient selon l’importance de l’excès et la vitesse maximale autorisée. Pour un excès inférieur à 5 km/h sur une route limitée à plus de 50 km/h, l’amende forfaitaire est de 68 euros, sans retrait de point. Pour un excès inférieur à 5 km/h sur une route limitée à 50 km/h ou moins, l’amende passe à 135 euros, toujours sans retrait de point. Pour un excès entre 5 et 19 km/h, les sanctions diffèrent selon que la vitesse maximale autorisée est supérieure ou inférieure à 50 km/h.
| Situation | Amende forfaitaire | Retrait de points |
|---|---|---|
| Excès inférieur à 5 km/h sur route limitée à plus de 50 km/h | 68 € | Aucun |
| Excès inférieur à 5 km/h sur route limitée à 50 km/h ou moins | 135 € | Aucun |
| Excès entre 5 et 19 km/h | Variable selon la limitation | Variable selon la limitation |
La difficulté pour le conducteur est de connaître la vitesse maximale autorisée au moment du contrôle. Sur une route où la limitation n’est pas signalée, l’absence de panneau ne constitue pas une excuse valable. Le juge considère que le conducteur doit connaître les règles de base du Code de la route, y compris les exceptions départementales dont il est censé se tenir informé.
Comment savoir quelle règle s’applique concrètement au volant
Face à ce mille-feuille réglementaire, voici la méthode à suivre pour éviter les erreurs. Premièrement, identifiez le type de route : nationale, départementale ou communale. Le cartouche rouge sur les panneaux de signalisation permet de distinguer les nationales des autres routes. Deuxièmement, vérifiez la présence d’un séparateur central : s’il n’y en a pas, la règle par défaut est le 80 km/h. Troisièmement, repérez les panneaux de limitation : un panneau 90 signifie que le département a exercé sa compétence pour relever la vitesse ; un panneau 80 signifie que la limitation a été maintenue ou que vous êtes sur une section particulière.
En l’absence de panneau sur une route départementale sans séparateur central, deux cas de figure se présentent. Si vous êtes dans un département passé au 90 km/h, la vitesse autorisée est de 90 km/h. Si vous êtes dans un département resté au 80 km/h, c’est 80 km/h. La difficulté réside dans le fait que les panneaux d’entrée de département ne sont pas systématiques, et que les décisions évoluent régulièrement.
Le plus sûr reste de consulter la carte actualisée des départements passés au 90 km/h avant un long trajet, et de rester vigilant aux panneaux locaux qui peuvent toujours imposer une vitesse inférieure.
Pour les jeunes conducteurs en permis probatoire, la règle est différente : ils sont limités à 80 km/h sur les routes à deux chaussées séparées, et à 80 km/h également sur les sections à deux voies, contre 90 km/h pour les conducteurs confirmés. Sur autoroute, leur vitesse maximale est de 110 km/h, contre 130 km/h pour les autres. Les décisions départementales de relèvement à 90 km/h ne s’appliquent pas à eux : la limitation reste à 80 km/h sur les routes sans séparateur central.
La situation continue d’évoluer, et le cap des 64 000 kilomètres repassés à 90 km/h sera presque franchi début 2027. Les conducteurs qui traversent plusieurs départements doivent donc s’attendre à des changements de limitation fréquents, parfois sans signalisation claire. La vigilance reste le meilleur outil, mais elle ne suffit pas toujours face à des règles aussi disparates. Si vous avez un doute sur la limitation en vigueur sur un tronçon précis, le réflexe à adopter est simple : rouler à 80 km/h. C’est la règle par défaut du Code de la route, et elle ne peut pas vous mettre en infraction sur une route où la vitesse a été relevée à 90 km/h. L’inverse, en revanche, peut vous coûter cher.



